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Comme dit le bouddhisme, nous ne sommes quun amas de propriétés et dhabitudes en continuelle transformation qui habite temporairement un corps de chair et dos. Cette fausse protection nous englobe, forme notre personnalité et doit être pelée couche par couche. Quand la dernière couche est enlevée et que rien ne reste, le passé peut alors se fondre au présent. Nous sommes cet holomouvement et nous pouvons sentir vibrer le «Rien».
Pour continuer notre voyage cosmique, nous explorerons lhabitude et les effets de lhabillement. Physiquement, les vêtements déforment nos corps, les étouffent et y créent un terrain propice aux maladies. Psychologiquement, les vêtements servent à construire notre ego, à nous rendre plus compétitifs, à diviser les sexes et à augmenter le désir sexuel. Dès lépoque des préhominiens, nous commençons à porter non seulement des vêtements, mais aussi des colliers, des ceintures, des chapeaux, des amulettes et dautres accessoires pour changer notre apparence. Notre ego dhumain primitif fragmente lholomouvement de la vie en créant une frontière artificielle entre la peau et le cosmos. Les vêtements et autres ornements accentuent cette séparation. Quand nous devenons une conscience fragmentée, nous nous coupons de notre nature physique profonde et il y a séparation entre lobservateur et lobservé. Notre perception nest plus immédiate et totale elle est désormais filtrée à travers lintervalle espace/temps de notre pensée. Cette fragmentation crée beaucoup de souffrance et danxiété. Les vêtements et autres ornements deviennent des façons de construire notre ego et déchapper à la souffrance.
Avec lapparition de la conscience conditionnée vient la dépendance aux vêtements. Bien avant de porter des vêtements, nous mettons des colliers, des ceintures et toutes sortes dornements. Nous peignons même nos corps. Pourquoi? Pour nous protéger du froid bien sûr, mais aussi pour une raison bien plus profonde: nous définir de façon très fondamentale.
En prenant conscience de nous-mêmes, nous réalisons que nous sommes nus. Seuls quelques poils nous recouvrent. Les autres animaux de la forêt sont couverts de fourrure, de plumes, de poils, décailles, de coquilles ou dune peau épaisse. Nous créons graduellement une nouvelle protection et commençons à nous éloigner encore davantage du processus de la vie naturelle.
LE PARADIS TERRESTRE
Les humains commencent probablement à porter des vêtements pour se protéger du froid et de la pluie. Certains trouvent dans lhistoire du paradis terrestre de la Bible lexplication de lorigine du vêtement. Selon la Bible, les symboles Adam et Ève furent chassés du paradis terrestre. Réalisant quils sont nus, leur première réaction, une pudeur nouvelle, les porte à se couvrir. Cest le début de notre condescendance envers les autres espèces. Est-ce lintervalle espace/temps dans le cerveau qui crée cette individualité? Le dogme du paradis terrestre nous renvoie à la honte de notre corps dénudé.
Nous commençons à couvrir nos corps de peinture, dornements et de peaux danimaux, mais ce nest ni par pudeur ni pour nous protéger du froid. Nous qui lisons ce texte, arrêtons-nous
Mettons ce livre de côté
et laissons notre vie se dérouler un moment; demandons-nous pourquoi nous portons ces vêtements et aussi pourquoi nous adoptons ce style particulier.
Avons-nous lintention de projeter limage dune personne qui na aucun souci de son apparence? Les vêtements et les bijoux reflètent le statut social des gens, et sont porteurs de conventions. Les vêtements révèlent ce que nous sommes, comment nous nous percevons et comment nous souhaitons être perçus par les autres. Notre incertitude, notre hypocrisie et nos préjugés se trouvent accentués.
Nous, humains primitifs, portons des vêtements un peu comme nous le faisons encore aujourdhui. Colliers, ceintures et autres ornements traduisent le prestige servant à nous distinguer de la masse. Avec léveil de la conscience de soi nous apparaît le sentiment dêtre séparés et distincts des autres. Vient ensuite le désir de nous affirmer et dêtre respectés deux. Il semble que ce soit la raison initiale qui nous incite à nous habiller. Enfermés dans notre rôle dobservateur, nous sommes séparés de lobjet observé.
Même après des millions dannées dévolution, on se rend compte que le comportement humain daujourdhui reflète souvent celui des primitifs. Lindustrie entière de la publicité cherche à nous convaincre daméliorer notre image: dentifrice, déodorant, bière, etc., nous rendent plus populaires. Lhabillement est devenu un symbole de pouvoir dans notre société. Plus le costume est beau, plus lhomme est puissant et respecté. Son image est rehaussée sil a une belle et jeune femme au bras. Les vêtements, les voitures, les maisons et autres gadgets de la société moderne remplacent les panaches de plumes, mais continuent de garantir à leur propriétaire le même respect quon portait au chef primitif.
(... suite de ce chapitre dans le livre)
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